You are currently browsing N. Swith's articles.

L’autre n’y est pour rien dans tout cela. Je suis le seul à oublier mes lacets, à laisser délacer et trainer sur la moitié du chemin. J’apprend à ne pas trébucher même si une fois par semaine, je tombe, je découvre de près à quoi ça ressemble quelqu’un d’autre. Mais ces mots, cette façon d’être vu de loin parce qu’il y a cette ombre folle dont je m’approche sans oser l’affronter, que j’ai appris à aimer.

Une envie de crier ni par haine, ni par désespoir, ni par peur, ni d’effroi, ni de terreur, ni d’aucune chose que cette sensation au creu du ventre. Plus j’écris, plus il y a de chances que tu me trouves indirectement dans ton discours, non ?

Et elle me regarde avec des yeux émerveillés et je vois que ça y est, je lui ai encore fait plaisir, je lui ai encore donné un perle pour sa collection de perles et je peux vous dire, Votre Honneur, que c’est ce qui nous énerve le plus Frank et moi chez notre maman : elle est tout le temps en train de nous prendre en photo dans sa tête ou de nous enregistrer avec son magnéto mental pour pouvoir soupirer plus tard à la beauté de ses souvenirs. On peut devenir fou comme ça, vous comprenez ? On est jamais juste là, il faut toujours s’extasier devant le fait d’être là. C’est pourquoi avec Frank on fait plein de choses pour être juste là, sans pensées ni rien. comme je vous l’ai expliqué au début, maman dit qu’on est rien soi-même tout seul, qu’on est fait de bric et de broc, chacun selon ce qu’il a vu et vécu au cours de sa vie, notre tête est remplie de toutes les phrases des autres qu’on a lues ou entendues et moi j’ai horreur de cette idée, je veux être seule, mais d’après maman ça veut rien dire être seul, on peut même pas penser le mot seul tout seul parce que c’est un mot et chacun pas inventer le langage pour lui-même, c’est impossible, rien que pour dire je il faut appartenir à toute une vieille civilisation. Elle dit qu’on est comme des planètes lancées sur des trajectoires, absorbant et reflétant la lumière les unes des autres, entrant en collision, en interaction et en fusion les unes avec les autres, qu’on le veuille ou non, on est des bouts de matière qui se précipitent à travers le temps en se transformant sans cesse, et la seule différence entre nous et les autres bouts de matière c’est que nous on est conscients de notre voyage et on s’en étonne, du coup on peut le raconter aux autres et ça fait des histoires, de l’Histoire : tu me racontes ta vie, je te raconte la mienne, ta vie fait désormais partie de la mienne et inversement, ce que tu me dis s’intègre à moi, se mélange à moi, aussi intimement que le langage lui-même, qui n’est pas à moi mais sans lequel je ne serais pas moi, je ne serais rien ; il m’est venu des autres, des millions d’autres dans une longue chaîne ou plutôt un dense réseau de chaînes qui remontent aux brumes de la préhistoire. Ainsi, dit maman, seconde après seconde et siècle après siècle, depuis les troglodytes jusqu’aux cosmonautes, les mots humains circulent sur Terre, les idées aussi, les histoires aussi, et tout ça forme la nourriture avec laquelle on fabrique nos esprits un peu comme on fabrique notre corps avec du lait. Etre humain, dit maman, c’est faire partie de cette prodigieuse circulation de mots et d’idées et d’histoires qui a commencé il y a des millénaires et qui ne s’arrêtera que quand les flammes du soleil seront éteintes, ou quand on aura réussi à pulvériser notre précieuse planète bleue et verte pour en faire un milliard de petites planètes nouvelles et silencieuses.

Fiona, Une adoration, Nancy Huston

En toute ludologique, une partie terminée ne devrait pas avoir d’effets sur les suivantes, les précédentes et les contemporaines. Cependant, il faut croire que la phénoménologie de l’esprit n’est pas disposée à suivre les règles du jeu. C’est assez pénible d’écrire sur une défaite qui bouscule le plateau en cours par un simple jeu d’ombre. Je voudrais arrêter de penser la chute d’un pion, dire que j’ai mis en scène assez de signes pour faire comme si il n’y avait plus rien de possible. La partie est terminée, je ne veux plus y penser, plus y passer de temps, ne pas repasser par les mêmes chemins. Dans le monde des chemins symboliques, contrairement à ceux de la forêt, plus le passage est usée et moins il se transforme en sentier, en lieu balisé. J’ai peur de couper le fil d’exécution de ce scénario. Déjà qu’à portée de la conscience et du regard, je n’arrive toujours pas à le faire taire ni se terminer, je suis tout simplement terrifié à l’idée de m’en détourner. J’ai peur que les acteurs ne mènent leur propre vie et prennent une place tellement considérable ce qui les rendrait à nouveau visible mais surtout cruciaux et centraux. L’espace de mon cerveau est trop petit pour contenir ceux là. Comment est-ce possible pour un esprit de penser à deux choses simultanément alors que le temps reste unique ? Comment faut-il alors compter le temps de vie ?

Pourtant. Je ne peux faire semblant, je nie mes principes car il suffirait de quelques mots, quelques explications pour rendre plus commodes la distances et l’éloignement relationnels alors que l’espace physique de nos allers et venus ne sont pas non plus assez prodigieux pour que l’esquive ne structurent pas nos pas. Il faudrait arrêter de payer les personnages et qu’ils arrêtent de s’agiter et de créer les mouvements rendant vivant le réseau des transports individuels.

Ca me rend fou et pourtant je voudrais mener une autre dans une danse.

Music had stirred him like that. Music had troubled him many times. But music was not articulate. It was not a new world, but rather another chaos, that is created in us. Words ! Mere words ! How terrible they were ! How clear, and vivid, and cruel ! One could not escape from them. And yet what a subtle magic there was in them ! They seemed to be able to give a plastic form to formless things, and to have a music of their own as sweet as that of viol or of lute. Mere words ! Was there anything so real as words ?

O. Wilde, The picture of Dorian Gray

1.21 Quelque chose peut isolément avoir lieu ou ne pas avoir lieu, et tout le reste demeurer inchangé.

TLP, L. Wittgenstein

Malgré ma guerre contre le règle règne de l’Espérance, je crois que je n’ai jamais jamais eu autant d’espoir dans un énoncé philosophique tel que celui-ci et que je ne pensais pas être surpris en flagrand délit en ouvrant cet ouvrage à ce moment donné. Maintenant souligné et accompagné d’un petit commentaire : « Quelque chose peut-il réellement avoir lieu isolément ? » C’est bien parce que la description du TLP est sans le Temps qu’elle ne voit pas ce genre de problème. Le paradoxe est que ce sont peut être les choses que l’on pourrait croire les plus inconséquentes qui ont le plus de conséquences. Une raison de plus pour accorder de l’importance aux petites choses et d’ignorer ce qui prend tant de temps.

— Alors que dois-je écrire au capitaine ? s’écria Édouard, car il faut que je m’y mettre sur-le-champ.
— Une lettre calme, raisonnée, consolante.
— Autant dire rien du tout ! reprit Édouard.
— Et cependant, dans bien des cas, répondit Charlotte, il est nécessaire et amical d’écrire des riens plutôt que de ne rien écrire.

Goethe, Les affinités électives

Il y sans doute des choses intéressantes à raconter ou à écrire depuis qu’une connexion décente au réseau s’est installé chez moi mais je crois bien que les chemins du silence me plaîsent. Ce n’est pas comme si je ne disais plus rien mais bien plus que je n’arrive plus à faire parler ce rien qui pour me contredire ne fait que croître dans l’expansion du manque (de temps surtout, le reste va plus que bien).

Je dois me confesser, j’ai écris beaucoup de lettres sans jamais en faire part aux destinaires. C’est un exercice troublant, j’aime à croire que c’est l’inverse strictement de ces guignolades d’écritures intimes qui s’exposent sans l’avouer mais toujours avec cette arrière-pensée que ce qui est fait pour être écrit est fait pour être lu. Je préfère donc détruire ces correspondances plutôt qu’autre chose, c’est une simulation rituelle qui remplace bien d’autres rites de comédiens. Je m’en contente et puis … J’espère voir survivre ceux qui font de même. Ranger ou brûler, les textes fonctionnent alors de la même manière. Quand on a des idées ou l’intention d’en avoir, c’est simplement criminel de dilapider les possibilités d’écrire et de croire que toute la littérature peut tenir en un seul lieu, que tout est littéraire au détriment des idées claires. C’est donc tout autant un crime que de se taire parce que l’on ne dit rien ou que l’on veut trop dire en une seule fois. L’urgence n’est pas dans le nombre de mots, vite et beaucoup, mais dans la mise à nu par la difficulté de la multiplication des styles.

Les bourdonnements sont revenus. Le symptôme n’est qu’un compromis. J’ai du lire ça dans de la littérature psy ou patho. Les signes sont regroupés la descente de grandes rues en regardant béatement l’alignement des lampadaires, se réjouir de l’étrange bruit sourd de la circulation parisienne et, dans d’autres circonstances avoir cette étrange impression qu’il manque une image sur deux comme si le film avait été réalisé avec un appareil photo. Le temps, devenu minuscule, m’a été volé mais je crois que ça remonte à bien plus longtemps que cela. C’est comme s’il ne s’était rien passé depuis cet hiver. Quand on me pose la question, je répond généralement évasivement qu’il n’y a qu’à aller voir du côté de la bibliographie de mon autre vie. Mais en réalité, je me souviens de choses donc quelque chose à s’effacer ou à se faire disparaître (les images ?). J’ai vu d’autres personnages mais tout s’agite comme pour me faire croire qu’ils ne sont que fiction. J’ai par exemple lu Anne ou quand prime le spirituel. Le roman m’a beaucoup plu et je pourrais certainement en faire une synthèse comme j’en ai l’habitude par la copie. Non pas que je me pense au niveau de Momone mais simplement parce que c’est ça l’effet de la bonne littérature quand les mots commencent à traverser le quotidien du lecteur.

J’éprouve cependant un dégoût profond pour ceux qui prétendent savoir ce que veulent dire lire et écrire. J’ai l’intime conviction que je ne saurais jamais ce qu’est l’écriture et la lecture et c’est pour cela que je me permet d’y dépenser une énergie folle. L’écriture ne devient torture que dans la négation de cette énergie, autrement dit dans la tension que l’on peut éprouver face aux vides du langage.

Donc après en avoir fini avec Anne, je me suis rendu à Sainte-Geneviève et son ambiance Richelieu plutôt qu’à « la Nationale », dans sa version récente, qui est un peu mon chez moi en ce moment. J’y ai retrouvé cette ambiance à base de table en bois et de chuchottements. Ca n’a durer que trente minutes parce que c’est simplement insoutenable de n’avoir que la moitié de l’image.

Finalement, j’ai fini et puis …

Depuis que la philosophie existe en tant que genre littéraire, elle recrute ses partisans par des écrits contagieux sur l’amour et la sagesse. Elle n’est pas seulement un discours sur l’amour de la sagesse - elle a pour but de susciter cet amour. La raison pour laquelle la philosophie est restée virulente depuis ses débuts, il y a plus de 2 500 ans, tient à sa faculté de créer des amitiés par le texte. Elle s’est transmise de génération en génération, telle une lettre-relais, en dépit des erreurs de copie, et peut-être même grâce à elles, captivant copistes et interprètes.

P. Sloterdijk, Règles pour le Parc Humain

On compare souvent cela à faire dérouler une pelote quelconque et à se rendre compte qu’il y a plein de noeuds, en l’occurence j’ai plutôt l’impression que le fil n’est pas assez solide et qu’il m’aurait fallu du bon vieux fil de pêche. Du coup, je passe en ce moment beaucoup de temps à refaire des liens (parfois a posteriori) sans parler des liaisons, non pas dangeureuse mais, suffisament perturbantes (non, aucun retour possible vers les élucubrations d’un moi aussi je au revoir). Je le fais mais j’ai quand même quelques difficultés, ce qui excusera mes absences surtout celles où il me manque des syllabes, les secondes et les pairs de préférence.

C’est arrivé soudainement alors que tout prédisposait à une poursuite jusqu’à la fin. Je n’ai pas compris comment ça s’est arrêté. Il ne fait pas grand chose de ses journées, il devient amoureux et décide donc de trouver un travail. Croyez-moi, je lorgne plutôt du côté de Hong-Kong que des Nippons. Alors quand les 221 pages de lentes descriptions intérieures (de l’esprit un peu trop esthétique de Daisuké et des maisons qu’il visite) ont arrêté leur lente progression dans mon quotidien de lecture, j’avoue que j’ai été quelque peu décu. Disons que j’ai peur du syndrome Mishimima et d’avoir réussi à m’introduire plus rapidement et efficacement dans le Et puis … que lors de ma dernière tentative me laissait un peu d’espoir mais avec l’arrêt c’est l’ombre d’une attente de plusieurs années qui se désigne. Je reviendrais peut être plus tard sur ce roman de Soseki parce que je ne sais vraiment pas s’il est ironique ou s’il fait sincèrement l’éloge de l’esthétisme contre la rationalité moderne. J’ai laissé échappé le Temps, par attirance des couleurs sombres sûrement, mais j’ai rattrapé un oiseau à plumes, mon écriture pour ceux qui ne trouvent pas la trace. Ca ne se voit pas évidement mais ça fait parti du contrat, ici je n’ai jamais écrit au mieux je n’ai fait que lire (quelque chose sans quelqu’un).

Le rideau tombe. Certainement la faute aux moulures bon marché qui enroulent le plafond. Heureusement, qu’il n’y avait personne en dessous à regarder pensivement par une fenêtre qui semble avoir cet effet systématique de faire plonger autre chose que le regard par dessus les toits parisiens. Il faudra que je pense à trouver les symboles nécessaires pour marquer rituellement sans en passer par le feu la présence d’un monastère entre eux deux.

Encore occupé à chercher une correspondance, je me suis rendu compte que l’intérêt d’un DdR était d’avoir quelqu’un avec qui partager un certain nombre de doutes fondamentaux sur les fondements. J’ai toujours su que mon travail intellectuel était basé sur une tension entre le doute et la philo sans sophie dans son sens. Ainsi, il me paraît plus sain de travailler sur des concepts aussi proche de « nous » soient-ils. C’est pour ça que je ne peux pas avoir de correspondance Autre-ment, que je ne peux pas à la fois parler à et de. Sans faire exprès, je me suis mis à douter de cela, en me disant que le doute était la pire épreuve car le problème du doute c’est qu’il s’inscrit dans une grammaire sans preuve. Je doute et je me dis que le doute est le symbôle de mon incertitude et que l’incertitude n’a de vertus que dans l’analyse conceptuelle. Je ne suis pas sûr/d’aimer cela. En ratant ma correspondance, je suis donc amené à ne pas partager ce qui se symptomatisera dans la tentative de circonscrire le problème dans un carré 19×19 et dans la reprise de mon étude du Langage-A (LgAm). Comment donc abandonner ce doute autre part que sur une frontière et non pas comme un déchet à l’intérieur d’un Je de trop. Je ne peux pas douter seul car sinon je ne douterais que de moi-même. Il n’y a de doute que si je (ne tente pas les conjuguaisons pour m’en sortir).

Le réveil à sonnettes n’a pas fonctionné, à la place, j’ai eu le droit au mal de tête de l’agent double. Je m’y attendais depuis samedi matin, depuis que mon voeu, officieux mais définitif, d’entropie. À longueur d’observation d’astres lumineux dont la vitesse ne fait que m’affoler, il a bien fallu que je me décide et comme je ne sais pas à quoi ressemble les affreux dragons irlandais, le choix a été plutôt rapide. L’agir double, c’était la promesse de pouvoir échapper au temps sans chercher à rentrer dans un jeu de plus, seulement en y mettant fin. C’est la possibilité de faire une seule chose avec un seul signe mais une double intension. Pour chaque geste au moins deux mondes. Ne pas savoir qui. Ne pas savoir si celui qui comprend n’est pas celui qui dit. Ne pas savoir qui comprendre. Ne pas savoir qui est qui. Ne pas savoir si qui est qui a une réponse. Ne pas savoir qui est une réponse. Donc je ne sais pas si c’est un effet à rebours ou seulement parce qu’hier soir j’ai trahi ma nouvelle étiquette d’entropologue (en aucun cas entroponaute) en expliquant que le Hasard n’existait pas mais qu’il existait des signes et qu’il n’y avait que nous pour savoir quoi en faire. Punition : Une moitié de nuit à penser aux lignes et à la matière noire ; l’autre moitié n’était qu’une tiers. Le matin, je reprend mon secret publié, lecture et fermeture. Pourquoi toujours les mêmes rimes ? Je ne suis peut être pas près pour mon langage en révolution.

Je m’effraie de tout ce qui vient altérer l’Image. Je m’effraie donc de la fatigue de l’autre : elle est le plus cruel des objets rivaux. Comment lutter contre une fatigue ? Je vois bien, seule attache qui me reste, que cette fatigue, l’autre en arrache, exténué, un morceau, pour me le donner. Mais que faire de ce paquet de fatigue déposé devant moi ? Que veut dire ce don ? Laissez-moi ? Recueillez-moi ? Personne ne répond, car ce qui est donné, c’est précisément ce qui ne répond pas.

Fragments, R.B.

Pendant que le temps ou le sommeil se perdent dans une grille aux règles pourtant simple, je n’ai pas trouvé d’autre occupation que de détourner le regard. Technique infaillible, il me suffit de quelques mouvements et les yeux se ferment. Comme si la réalité ne dépendait que de ce que nous voyons. Je ne suis pas vu donc je ne suis plus. Il ne me reste alors plus que quelques secondes à rôder, petit sourire que j’ai cru communicatif. Cependant ce n’est pas très chevaleresque de continuer la pratique de ce petit jeu alors que l’abandon est certainement la meilleure métaphore de cette vue en pleine fuite. De retour à mes horloges et mes fenêtres, il me reste plus qu’à préparer un café en attendant ma lutte pour le rêve.

La statue de pierre, elle continue à avoir les yeux ouverts vers un infini qui me rend tristement ridicule. Je me sens obligé de parler, signature de la rupture avec toute forme de tournure de style.

Vomir est une preuve qu’il reste encore quelque chose de sain. Le rejet corporel montre qu’il reste une part de nous qui est encore capable de s’indigner, de ne pas supporter ce qu’il se passe, qui refuse la suite, que tout notre être n’est pas encore englouti dans une léthargie, dans un cynisme par défaut. Vomir, c’est montrer qu’on n’avale pas n’importe quoi. Ce dégoût n’est pas purement intellectuel. Même si la réalité actuel m’est tout simplement insupportable une partie de moi s’accroche pour que je n’étale pas complètement les bribes de mes repas dogmatiques entre chaque reliure. Écrire, c’est le contraire de vomir. C’est se retenir dans un périmètre bien délimité, feuille de papier ou modélisation virtuelle qui reste tout de même une surface trop lisse, sans autre vice que l’illusion d’un appel du vide. Même si les mots prennent la couleur de la haine, l’alignement des signes n’est qu’une main posée sur nos orifices buccaux et ayant pour seule fin de garder cette odeur putride à l’intérieur de notre propre corps. Vomir, c’est vivre. Je déteste ces petites phrases trop rapides. Bienvenue chez les morts.

Ne pas tourner. Sans savoir comment, un seul souvenir : « je ne regrette jamais rien ». A partir de ce moment là, contre toute volonté mutuelle, je crois bien avoir commencé à transformer toutes nos séries en un passé inconditionnel. Sans attendre, jamais le faire, le temps passe et deviens ce que tu es. Au fond, j’espère avoir assez de degrés pour faire au moins un demi-tour mais même avec notre micro-climat je n’ai de quoi que frotter les couloirs étroits. Retourner l’angle et voir cette scène insupportable qui se répète à l’infini. La droite des étoiles parisiennes accrochées à leur mâts bien alignés. Le pas lent sans hésitation sans flêche à éviter, sans haume à chérir. Je me retournais avant pour voir que tu ne le faisais pas, que tu avais raison. Puis la disparition et cette sensation d’asymétrie, le nombre de virages est fini et défini à l’avance. Détruire l’arrière-garde de nos pensées n’est pas suffisant, il reste encore à trouver ce futur qui nous conditionne dans lequel nous ne savons nous avancer. Nous ne faisons que nous manquer, cette première personne qui vient après les trois solitudes. Immuable constante entre nous. Autant que tu n’es plus le temps, il ne passe rien. Constance ou romance, je ne sais pas choisir entre les deux j’essaie de ne pas trahir.

Obsession = [Par|Pour]Quoi ?

Le réseau d’ondes électro-magnétiques qui me permet de propager mes quelques informations sur la toile invisible de la ville sembe souffrir de la canicule. Par intermittence, je reviens avec la flemme suprême de préparer à l’avancer l’enregistrement de mes sillons. Ne sachant pas très bien si elle fait partie ou non du plan de sûreté, je ne sais pas non si je dois appeler mamie toutes les heures pour savoir si elle se sent bien. Il n’y a que pour restes que ces réalités entraînantes sûrement trop rapidement sur dans un territoire où le droit à l’écriture n’aura plus sa place. L’ouverture, l’ouverture ? J’ai préféré voir la première partie avant d’ouvrir le roman et me souvenir qu’il y avait un droit au handicap.

A-t-on le droit de se manquer ? L’autre me manque comme je la manque ? Différence entre deux tempéraments (« tu me manques », « I miss you »), entre deux personnes qui sans le savoir s’y prennent comme des manches. Cela arrive souvent quand aucun de nous ne veut tenter la traverser maritime alors que l’on s’embrase de vagues océaniques. Se manquer (est-ce que je ne fais pas justement que manquer une partie de moi-même ? Donc, je ne peux que me manquer même quand elle me manque) et manquer font que l’absence n’est définitivement pas une question de trajectoire mais de rotation autour d’un centre non-déterminé conditionnant la possibilité ou non d’élimer la différence entre deux usages. Je lui manque et l’autre me manque. Sur certains chemins, donc nous nous croisons mais il est impossible de s’apercevoir que la direction est opposée à la rencontre. Nous ne faisons de nous que des ratures ou que nous rater.