Pendant que le temps ou le sommeil se perdent dans une grille aux règles pourtant simple, je n’ai pas trouvé d’autre occupation que de détourner le regard. Technique infaillible, il me suffit de quelques mouvements et les yeux se ferment. Comme si la réalité ne dépendait que de ce que nous voyons. Je ne suis pas vu donc je ne suis plus. Il ne me reste alors plus que quelques secondes à rôder, petit sourire que j’ai cru communicatif. Cependant ce n’est pas très chevaleresque de continuer la pratique de ce petit jeu alors que l’abandon est certainement la meilleure métaphore de cette vue en pleine fuite. De retour à mes horloges et mes fenêtres, il me reste plus qu’à préparer un café en attendant ma lutte pour le rêve.
La statue de pierre, elle continue à avoir les yeux ouverts vers un infini qui me rend tristement ridicule. Je me sens obligé de parler, signature de la rupture avec toute forme de tournure de style.
Vomir est une preuve qu’il reste encore quelque chose de sain. Le rejet corporel montre qu’il reste une part de nous qui est encore capable de s’indigner, de ne pas supporter ce qu’il se passe, qui refuse la suite, que tout notre être n’est pas encore englouti dans une léthargie, dans un cynisme par défaut. Vomir, c’est montrer qu’on n’avale pas n’importe quoi. Ce dégoût n’est pas purement intellectuel. Même si la réalité actuel m’est tout simplement insupportable une partie de moi s’accroche pour que je n’étale pas complètement les bribes de mes repas dogmatiques entre chaque reliure. Écrire, c’est le contraire de vomir. C’est se retenir dans un périmètre bien délimité, feuille de papier ou modélisation virtuelle qui reste tout de même une surface trop lisse, sans autre vice que l’illusion d’un appel du vide. Même si les mots prennent la couleur de la haine, l’alignement des signes n’est qu’une main posée sur nos orifices buccaux et ayant pour seule fin de garder cette odeur putride à l’intérieur de notre propre corps. Vomir, c’est vivre. Je déteste ces petites phrases trop rapides. Bienvenue chez les morts.
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